THE PETER ALEXANDER BAND: Betty (mai 2023)

Ah, le PAB ! De vieux souvenirs me reviennent en mémoire. Entre 1987 et 1988, j’ai bien dû les voir une bonne quinzaine de fois quand ils jouaient en formation réduite dans le bar tenu par le gros Phify (qui tenait le rôle du videur du Sex Machine dans les Enfants du Rock), rue de la Roquette à Paris. Le Sioux à la basse, René à la guitare et l’harmoniciste Christophe Dupeu. Quelquefois un autre guitariste rythmique. Et il y avait une sacrée ambiance. Après leur set, on discutait musique autour d’une bière (et même de plusieurs).

Et puis ce fameux soir de l’année 2000 où le Peter Alexander Band a ouvert pour Lynyrd Skynyrd au Zénith. Un grand souvenir.

Et toujours un peu de discute quand je croisais le Sioux au hasard des concerts.

Alors, certains vont peut-être avancer que cette chronique ne sera pas objective.

Ils se trompent mais je suis bien obligé d’affirmer que leur nouveau disque est une réussite.

Déjà, l’objet en lui-même. Un double vinyle avec une pochette de toute beauté. Un tirage limité (il n’y en aura pas pour tout le monde). Une réalisation qui nous rappelle les productions de notre jeunesse. Et le logo du groupe qui évoque un peu celui du Marshall Tucker Band.

Ensuite, le contenu. Vingt-trois morceaux originaux qui racontent une histoire. Eh oui, le PAB a décidé d’enregistrer un album-concept et c’est une belle idée.

Et en plus, les paroles sont écrites à l’intérieur. Ce qui va éviter aux plus romantiques ou aux plus obsédés d’entre vous de faire une malheureuse confusion. Car cette Betty (qui donne son nom au dernier album du PAB) n’est pas une femme ! Une petite explication s’impose.

Un jeune musicien fait un héritage inespéré qui le conduit aux USA. Arrivé là-bas, il découvre que l’héritage en question se résume à une guitare. Cet instrument va l’entraîner dans une série d’aventures avec, en point culminant, sa participation à un festival où s’affrontent les plus grands guitaristes.

Bon, je ne vais pas vous en révéler davantage, mais déjà ça doit vous donner envie d’en savoir plus.

Quant à la musique, on n’est pas déçu. Comme d’habitude ! On reconnaît bien le talent des musiciens du PAB.

Une mise en place impeccable. Des guitares harmonisées à la Outlaws (« La guitare magique »,

« Les trompettes sonnent le glas »). Des duels de six-cordes incendiaires sur des tempos moyens

ou rapides (« Duel 1 » et « Duel 2 »). Des influences country (« En attendant Willy »,

« Le meilleur du festival »). Des guitares jouant à l’unisson dans l’esprit du Charlie Daniels Band (« Degüello »).

Une superbe ballade bluesy et nostalgique avec un final quasiment symphonique (« La princesse du Tennessee »).

Des paroles symbolisant une certaine philosophie de la vie sur la route :

« On sort les guitares/ça paye la bière, l’essence, le plumard » (« Willy »).

Il y a aussi des trompettes mexicaines, des chœurs féminins, un clin d’œil au rock’n’roll

fifties (« Jingle ») et une débauche d’instruments acoustiques (guitares sèches, banjo,

mandoline, violon, contrebasse).

Et puis, on n’échappe pas à la marque de fabrique du PAB. Au détour d’un morceau, on se

prend en pleine tronche un break original, débordant d’inspiration et de maîtrise technique.

Et surtout, le groupe continue de s’exprimer en français. Ça fait du bien !

Les mecs du Peter Alexander Band ont dédié leur existence à la musique. Qu’ils en soient

remerciés ! Et pour le faire, quoi de mieux que de se procurer leur dernier album ?

Avec eux, le Rock’n’roll n’est pas encore mort !


Olivier Aubry